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Patrimoine

SCI et démembrement de propriété : transmettre sans droits de succession

Démembrer les parts d'une SCI permet de transmettre un patrimoine immobilier à moindre coût. Barème de l'article 669 du CGI, répartition des votes, pièges à éviter.

Par L'équipe LegalCorners 30 septembre 2026 9 min de lecture

Le démembrement de propriété est l'outil le plus utilisé pour transmettre un patrimoine immobilier sans que les héritiers aient à payer de droits au moment du décès. Associé à une SCI, il devient nettement plus souple : on ne démembre pas l'immeuble, on démembre les parts sociales. C'est toute la différence, et c'est ce qui explique que le montage soit si répandu.

Qu'est-ce que le démembrement de propriété ?

La pleine propriété se décompose en deux droits, que le Code civil distingue depuis 1804 :

Démembrer, c'est confier ces deux droits à des personnes différentes. Le cas classique : des parents conservent l'usufruit et donnent la nue-propriété à leurs enfants.

Pourquoi démembrer les parts de SCI plutôt que l'immeuble ?

Démembrer directement un immeuble fonctionne, mais fige les choses : chaque décision suppose l'accord de l'usufruitier et du nu-propriétaire, et la revente devient un exercice d'équilibriste.

Avec une SCI, l'immeuble appartient à la société, qui reste seule propriétaire et décide seule. Ce sont les parts sociales que l'on démembre. Trois conséquences pratiques :

Combien vaut la nue-propriété ? Le barème de l'article 669 du CGI

C'est le cœur de l'avantage fiscal. Quand on donne la nue-propriété, les droits de donation ne sont calculés que sur la valeur de la nue-propriété, pas sur celle du bien entier. Et cette valeur est fixée par un barème légal, selon l'âge de l'usufruitier au jour de la donation :

Âge de l'usufruitierValeur de l'usufruitValeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
Moins de 31 ans80 %20 %
Moins de 41 ans70 %30 %
Moins de 51 ans60 %40 %
Moins de 61 ans50 %50 %
Moins de 71 ans40 %60 %
Moins de 81 ans30 %70 %
Moins de 91 ans20 %80 %
Plus de 91 ans10 %90 %

Concrètement : un parent de 58 ans qui donne la nue-propriété de parts valant 400 000 € transmet, aux yeux du fisc, 200 000 € — la moitié, puisque à cet âge l'usufruit et la nue-propriété valent chacun 50 %. En s'y prenant tôt, la part taxable est plus faible : le barème récompense l'anticipation.

Cette valeur s'impute ensuite sur l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant, qui se reconstitue tous les 15 ans. Un couple avec deux enfants transmet ainsi 400 000 € de nue-propriété sans droits, puis autant quinze ans plus tard.

Que se passe-t-il au décès de l'usufruitier ?

C'est le point décisif, et il surprend souvent. Au décès de l'usufruitier, l'usufruit s'éteint. Il ne se transmet pas : il disparaît. Le nu-propriétaire devient automatiquement plein propriétaire, sans aucun droit de succession à acquitter sur cette reconstitution (article 1133 du Code général des impôts).

Les enfants ont donc payé des droits une fois, sur une valeur réduite, au moment de la donation — et plus rien ensuite, quelle que soit la valeur atteinte par le bien entre-temps. C'est là que se joue l'essentiel de l'économie.

Qui décide quoi dans une SCI démembrée ?

La question se pose dès la première assemblée. L'article 1844 du Code civil pose une règle supplétive :

Cette répartition peut être aménagée par les statuts, dans des limites que la jurisprudence a précisées : on ne peut pas priver totalement le nu-propriétaire de son droit de participer aux décisions collectives. C'est exactement le genre de clause qui se rédige au départ, quand personne n'a d'intérêt à défendre — et qu'il devient coûteux de modifier ensuite.

Trois pièges à connaître avant de se lancer

Le montage doit avoir une réalité. Une donation de nue-propriété suivie d'une gestion inchangée, sans que rien ne traduise le transfert, s'expose à la procédure d'abus de droit fiscal. La donation doit être effective, déclarée, et les statuts appliqués.

Le sort des bénéfices se prévoit. À qui reviennent les résultats mis en réserve puis distribués plus tard ? Usufruitier ou nu-propriétaire ? Le silence des statuts sur ce point est une source classique de conflit familial.

Le financement compte. Si l'usufruitier finance seul un bien dont les enfants ont la nue-propriété, l'administration peut y voir une donation indirecte. Le schéma se construit à l'avance, pas après coup.

Faut-il se faire accompagner ?

Le démembrement de parts de SCI n'a rien d'exotique : c'est un montage courant, bien balisé. Mais il combine trois matières — le droit des sociétés pour les statuts, le droit civil pour le démembrement, la fiscalité pour la donation — et une clause mal rédigée se paie des années plus tard, au moment précis où la famille aurait besoin que tout soit clair.

LegalCorners prépare les statuts et les formalités de votre SCI, et propose une formule avec un avocat lorsque le montage le justifie. Nous ne sommes pas un cabinet d'avocats et ne délivrons pas de conseil juridique personnalisé : sur un schéma patrimonial de cette nature, l'avis d'un professionnel qui connaît votre situation reste indispensable.

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